Retour sur un voyage d’études en Israël

En Février dernier, je me rendais en Israël avec une délégation de jeunes leaders de partis politiques de gauche dans le cadre d’un voyage d’études organisé par l’Ambassade d’Israël en France.

Israël vu de là-bas

J’ai répondu favorablement à cette invitation car je sais que se rendre sur le terrain est toujours la meilleure approche pour comprendre ce qui nous semble de loin incompréhensible, mais aussi pour voir comment les gens vivent, pensent, au quotidien.

Cette proximité avec le terrain est indissociable de mon engagement politique. A Champigny où je suis élue, je milite pour la multiplication des visites de terrains, des diagnostics citoyens, des ballades urbaines car je pense que ce n’est qu’en privilégiant ce type d’approche qu’on peut mieux comprendre nos problématiques locales et ainsi mettre en place les conditions de leur bonne gestion pragmatique et collective.

Me rendre en Israël obéissait au même principe de « politique du terrain » : une envie d’aller au-delà des caméras, des images du conflit, de dépasser cette vision d’un pays vu d’ici pour aller à la rencontre de ceux et celles qui vivent là-bas.

Vue Tel Aviv

La Start Up Nation

Israël au-delà des caméras, c’est avant tout la Start Up Nation. Un pays à la pointe de l’innovation, où les start-up naissent, se créent au détour d’un café de Rothschild Street. Où les jeunes ayant totalement intégrés les slogans « Yes We Can » et « Just Do It », sont emprunts d’audace, d’optimisme, n’hésitant pas à braver les échecs pour devenir les Elon Musk, Sheryl Sanderg et Steeve Jobs de demain.

A l’heure où en France nous multiplions les initiatives pour promouvoir l’innovation Made in France ou la French Tech, Israël s’est depuis longtemps imposée comme une nation pionnière en matière d’innovation technologique.

Durant ce voyage d’études, nous sommes allés à la rencontre de ces jeunes entrepreneurs qui font la croissance et l’avenir d’un pays. Smart City, Wi-Fi gratuit, Start-up dans chaque coin de rues, Tel Aviv est une sorte d’incubateur vivant où poussent les entreprises qui feront l’économie mondiale de demain.

Cet investissement constant pour faire vivre un écosystème numérique et ainsi permettre à chacun de créer, d’innover et d’entreprendre, est une force dont la France peut et doit s’inspirer.

Visite incubateur tel aviv

La liberté d’entreprendre, la liberté de créer, la liberté de se définir, c’est ce qui caractérise Tel Aviv sorte de Silicon Valley orientale.

Israël oasis de liberté au Moyen-Orient ? Certains éléments lui en donnent les caractéristiques : Le dynamisme culturel, l’esprit bobo-libertaire que l’on ressent dans certains kibboutz, les mesures législatives en faveur des droits LGBT …

Mais il serait hâtif de ne voir qu’Israël que par ce prisme. En effet, ici comme ailleurs le combat pour la liberté va de pair avec le combat contre les inégalités. Ainsi, les questions des droits sociaux, de la lutte contre les discriminations, du poids de la religion sur la société restent des enjeux majeurs.

Lors de nos rencontres avec différents interlocuteurs : experts, politiques, simples citoyens, la question de l’égalité est une question centrale : situation de la communauté d’origine éthiopienne, des arabes israéliens, questions des inégalités sociales, autant de problématiques dont nous débattons, car en Israël comme en France le combat pour l’égalité pour tous est toujours un sujet d’actualité.

Relations France et Israël

Ce voyage fut l’occasion de rencontrer Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur de France en Israël. Il nous a fait l’honneur de nous recevoir, de répondre à nos questions et nous offrir son éclairage sur les relations entre la France et Israël.

Avec environ 5000 français qui s’installent chaque année, Israël est une destination attractive pour certains français candidats à l’expatriation. Les raisons de cette immigration sont multiples : raisons confessionnelles, raisons économiques et dernièrement une raison sécuritaire fait son apparition. Cette raison sécuritaire est liée à un contexte mondial : le terrorisme.

Lors d’une visite dans la ville d’Ashdod et d’une rencontre avec des représentants de la communauté française et francophone, j’ai pu échanger avec ces français venus s’installer en Israël. Nous avons pu aborder les raisons de leur expatriation mais aussi la vie sur place en tant que français. Si pour certains l’installation s’est faite sans difficultés, d’autres évoquent des problématiques telles que l’apprentissage de la langue, le coût de la vie, le niveau du SMIC local, le prix des logements, la reconnaissance des diplômes français. Ces sujets, sont des points importants à aborder dans le cadre de la coopération entre la France et Israël.

Il est frappant et plaisant de voir que ces personnes ont quitté la France depuis plusieurs années, mais l’intérêt pour France reste intact. Même à des milliers de kilomètres la France reste leur patrie, leur pays. Les sujets abordés avec ces Français de l’étranger sont les mêmes que j’aborderais avec ceux que je rencontre dans ma commune : situation économique, politique, lutte contre le terrorisme, débat sur la laïcité, la lutte contre l’antisémitisme, la lutte contre les discriminations, l’éducation.

Autant de sujets où ici comme ailleurs les citoyens attendent des réponses politiques fortes. Le point commun de toutes ces questions c’est le désir de remettre le citoyen au cœur de l’action politique, le désir d’écouter un plus la parole citoyenne et l’envie de chacun de se mettre au service de son pays pour que les choses aillent mieux.

Le conflit israélo- palestinien

La vitrine du dynamisme économique, culturel et scientifique d’Israël qu’est Tel Aviv, ne peut faire oublier ce qui pèse sur le plan international: le conflit israélo- palestinien.

Frontière Gaza

Se rendre à Kerem Shalom, point de passage de marchandises vers Gaza, se rendre à la frontière de Gaza, c’est voir ces frontières qui symbolisent une partie du conflit. Certainement pas la partie la plus difficile car nous sommes dans le cadre économique mais une partie qui a toute son importance. En effet, on évoque beaucoup les modalités politiques du conflit, mais très peu les questions économiques.

La question de la stabilité financière des états au sortir du conflit est un point important pour l’établissement d’une paix durable. Comment vivront ces deux peuples demain, lorsque du coté israélien : la croissance est stable, l’économie dynamique et du coté palestinien : l’économie en berne, un chômage important des jeunes, une fragilité des institutions financières ? Le temps viendra où la question économique devra être abordé mais en attendant le conflit s’enlise.

Nous ne sommes pas dans une drôle de guerre mais dans une guerre qui dure. Des générations d’Israéliens et de Palestiniens grandissent avec ce conflit. Certains sombrent dans la violence, d’autres cherchent des issues, des lumières, des trêves avec la seule volonté de sauver le maximum de vies, de promouvoir la paix.

C’est le cas à l’hôpital de Wolfson où médecins israéliens et médecins palestiniens soignent des enfants palestiniens « parce que ce sont des enfants ».

C’est le cas dans la ville de Jaffa, où au sein d’une chaîne de télévision internationale, des journalistes juifs israéliens, arabes israéliens travaillent ensemble au service de l’information.

C’est aussi le cas au Centre Shimon Peres pour la Paix. Ici pas de barricades ou de grand portail, le lieu est ouvert, lumineux, tourné vers la mer, vers l’espérance. Les différents programmes à l’échelle internationale sont eux aussi fait pour lutter contre l’ignorance, pour créer des ponts entre différentes cultures, pour permettre l’émergence d’une nouvelle génération qui réussira à mettre deux représentants de deux peuples l’un en face de l’autre et enfin mettre un terme à ce conflit.

Centre Peres Pour la Paix à Jaffa

Une nouvelle génération politique pour la paix ?

Au fil des journées, des rencontres, des échanges, des débats, je m’interroge : peut-être que pour faire cette paix, il faut tourner une nouvelle page politique.

Le renouvellement récent de la classe politique israélienne est-il le signe d’une nouvelle approche politique ?

A Jérusalem, nous avons rencontrés ces nouveaux espoirs de la Knesset (Parlement Israélien), des hommes et femmes politiques récemment élus députés qui veulent changer le système et mettre en place les ressorts qui permettront la résolution rapide du conflit.

Visite à la Knesset ( Parlement Israélien ) et échanges avec des député-e-s

Malheureusement, le système politique israélien actuel reposant sur des coalitions pour gouverner et la nécessité de s’appuyer sur une majorité large, ne permettront pas à ces élus de voir leurs propositions pour la paix mises en place dans un avenir proche.

Si ce n’est pas eux, les futurs artisans de la paix, alors peut-être les plus jeunes ? Nous avons rencontrés certains leaders des mouvements de jeunesse des partis de gauche. Ils ont notre âge mais ils ont déjà connu la guerre, fait leur service militaire, occupés des fonctions dans l’armée. Etre jeune en France et être jeune en Israël : les mêmes préoccupations mais pas la même vie.

Nous parlons paix, économie, égalité, droits sociaux, avenir. Nous tentons de comprendre la vie qu’ils vivent, leurs espoirs, leur vision.

Tous nous parlent de paix, tous souhaitent la paix mais aucun de ces jeunes n’admet posséder le plan parfait pour parvenir à une résolution et enfin parvenir à tourner la page du conflit israélo-palestinien.

Créer des ponts

Il y’a des voyages qui changent votre regard, qui vous aident à mieux appréhender le réel, qui renforcent votre engagement. En me rendant en Israël, je n’avais aucunes idées préconçues, aucuns préjugés. Juste la ferme envie de voir comment à des milliers de kilomètres des personnes comme moi, vivent au quotidien, se construisent au présent, imaginent l’avenir dans un cadre difficile, dans un contexte de conflit.

Je suis partie d’Israël avec l’envie de revenir, d’échanger un peu plus, d’aller toujours au plus près du réel, de confronter toujours plus mon opinion avec celle des autres. Je suis partie avec la conviction que mon engagement en tant que jeune militante socialiste est avant tout un engagement pour la paix.

Etre de gauche c’est permettre à chacun d’avoir le meilleur cadre de vie possible. Cela veut dire garantir la paix pour chacun quelque soit son origine, sa confession, sa position géographique. Cela signifie garantir l’accès aux mêmes droits, garantir l’accès aux mêmes espoirs.

Ai-je trouvé sur place une solution instantanée à un conflit qui un impact sur nos vies, nos villes ? Malheureusement non.

Ai-je trouvé sur place des personnes qui croient en la résolution de ce conflit ? Heureusement oui. Je pense que c’est avec ces personnes que nous devons ensemble trouver des solutions politiques pour faire la paix.

Il y’a quelques jours, lors de sa visite à Paris et sa rencontre avec le Chef de l‘Etat, François Hollande, l’ancien Président israélien Shimon Peres déclarait :

« Nous sommes tous dans la même famille de la paix et de l’humanité. Nous faisons face à la même difficulté face à la terreur ».

Ce message doit interpeller chaque responsable politique.Dans un contexte de mondialisation, notre engagement pour la paix, ne peut se faire qu’en regardant uniquement de notre petite fenêtre.

Nous devons élargir nos horizons, discuter avec le plus grand nombre, aller sur le terrain et chercher des solutions collectives pour la la paix, car l’Histoire nous rappelle que c’est lorsque nous tombons dans l’indifférence générale que la terreur prospère.

 Peres Peace House

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